Fonder
un nouveau départ.
Les
parents d'enfants morts le savent bien : devenir l'éducateur
d'un enfant disparu sera le travail de toute leur vie.
Ils devront lui aménager sa juste place dans la famille, le laisser
évoluer en eux, lui qui ne grandit plus mais grandit quand même
; ils devront, comme l'on devient parent d'un tout-petit, puis d'un
écolier, puis d'un adolescent, ils devront devenir parent d'un
enfant mort.
Eux qui avaient peut-être trois, quatre enfants, auront toujours
ces enfants-là, le petit, le moyen, le grand, le mort.
Les relations parents-enfants continuent avec eux tous.
Il y a simplement moins de gens pour vous montrer la voie, et chacun
sait qu'il doit tout inventer. Puiser en lui-même, puiser dans
le bonheur entrevu ou accompli, les forces et la manière de fonder
un nouveau départ avec les enfants qui ne seront plus jamais
là.
Geneviève Jurgensen, extrait d'un article paru dans "La
Croix" le 9 septembre 1996.